Fuke

Yasuo Fuke

1929 (Takamatsu, Japon)

Yasuo FUKE est un sculpteur japonais du XXème siècle qui est né dans le Nord-Est de l’Isle Shikoku.  Fuke rentrera en 1950 à l’Académie des Beaux Arts de Tokyo, dont il sortira diplômé en 1954.  Peu après, en 1957, il se spécialisera au sein de cette même université dans le taillage de la sculpture sur bois.  Dans les années qui suivront, l’artiste participera à de nombreux concours, obtenant parfois quelques prix (ex. en 1960 lors d’une importante exposition Nippon Jubijutsu-in, qui le propulsera l’année suivante à participer à la Biennale de Tokyo).

En 1962, Fuke s’installera en Italie et s’inscrira aussitôt à l’Académie des Beaux Arts de Brera à Milan, pour y suivre des cours de sculpture dispensés par le maitre sculpteur italien Marino Marini.  A cette époque, Fuke n’était pas le seul artiste japonais en Italie.  Il comptait parmi une trentaine d’auteurs et sculpteurs qui étaient pour la plupart en poste à Milan.  Le premier et plus célèbre d’entre eux était Kenjiro Azuma – qui avait été également l’élève de Marini et qui finira lui-même par diriger l’académie milanaise entre 1980 et 1990.  En 1963, Azuma et Fuke participeront à une exposition collective organisée à l’Institut Culturel Japonais de Rome.  Le commissaire de l’événement, Iseki Masaaki – grand critique d’art japonais et directeur dudit institut – dira au sujet des jeunes participants: « Ce que nous voyons est une fleur qui va s’épanouir…, et parce qu’elle vit pour manifester sa beauté et sa vitalité, il faut la regarder avec des yeux bienveillants ».  Néanmoins, ces artistes, et parmi eux Yasuo Fuke, comptabilisaient déjà à leurs actifs une importante expérience d’exposition, y compris auprès de grandes galeries milanaises (ex. Galleria Pagani del Grattacielo, ou encore Galleria del Naviglio).  A ce sujet, dans le catalogue d’une exposition en 1966 chez Pagani, le critique Gianni Guerciotti parlera de l’approche « naturelle » de Fuke dans son travail de la sculpture sur bois.

Tout au long des années 1970 et 1980, Fuke continuera à exposer régulièrement en Italie, pour finalement participer en 1986 à un important collectif – « Artistes japonais en Italie » – organisé à Florence et à Parme par Gillo Dorfles, qui parvint de par ses travaux à mettre en lumière les apports essentiels de l’art japonais dans l’évolution de l’art contemporain international.  Yasuo Fuke aura vécu et travaillé dans la capitale Lombarde à une époque où la ville représentait le pôle d’attraction international principal des avant-gardes artistiques – en particulier la sculpture abstraite grâce au travail d’illustres artistes italiens (ex. Lucio Fontana, ou encore Marino Marini).  Sur la fin de sa carrière, et étant de nature discrète, Fuke ne laissera comme trace qu’un retour permanent vers le Japon.

Le but de ces « nouveaux sculpteurs abstractionnistes japonais » était de dépasser des motivations dites « informelles », en se tournant radicalement vers une dynamique « spatiale et formelle ». A ce titre, le travail sculptural de Fuke, bien que japonisant, est une démonstration claire d’un art résolument abstrait qui se situe parfaitement dans le contexte de l’abstraction internationale des années 1960 et 1970. Par le choix du bois – matériau de prédilection dans la culture traditionnelle japonaise, et « l’enfant le plus doux de la terre » selon ses dires – Fuke parviendra à une certaine synthèse formelle et conceptuelle proche des enseignements de la doctrine Bouddhique Zen. C’est par cette « japonité latente » que Fuke – et avec lui bien d’autres artistes japonais en exil – conservera toujours ses spécificités culturelles et stylistiques et ce malgré un contexte dominant d’internationalisation.

L’œuvre de Yasuo Fuke est notamment présente dans de nombreux musées au Japon et en Italie: Bibliothèque de l’Université Tama Art à Tokyo, Musée National d’Art Moderne de Tokyo, Casa Museo Remo Brindisi à Comacchio, Bibliothèque Municipale de Sesto San Giovanni, ou encore Musée d’Art Moderne Pagani de Castellanza – ce dernier fondé par Enzo Pagani, directeur de la Galleria Pagani del Grattacielo qui avait « découvert et promu » Fuke au début des années 1960.